Pygargue à tête blanche

Fiche détaillée


Sommaire

Le pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) habite essentiellement en Amérique du Nord. L’espèce est présente depuis le nord-ouest de l’Alaska et le centre du Canada jusqu’au sud des États-Unis et la Californie. Au Québec, les connaissances sur l’espèce sont fragmentaires; l’oiseau niche un peu partout au sud du 55e parallèle, mais réside à longueur d’année sur l’île Anticosti et une vingtaine d’entre eux hivernent sur la rive nord de l’estuaire du Saint-Laurent.

Au Québec, ce grand oiseau n’est pas observé fréquemment. En période de reproduction, il est capable de parades aériennes spectaculaires; les poursuites et les roulades en couple demeurent sans contredit les acrobaties aériennes des plus fascinantes chez les rapaces. Le pygargue à tête blanche peut capturer ses propres proies, mais il a la réputation de dérober régulièrement les proies attrapées par d’autres rapaces, notamment celles du balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus).

Le pygargue à tête blanche a vu ses effectifs chuter considérablement au cours des années 1950 à 1970, plus particulièrement dans les États et les provinces bordant l’océan Atlantique et la région des Grands Lacs. Aujourd'hui, la réhabilitation de l’espèce progresse sur l’ensemble du continent, mais localement, des difficultés demeurent. Au Québec, la population compte entre 75 et 150 couples reproducteurs, dont près d'une trentaine nichent sur l'île d'Anticosti.

Au Québec, le pygargue à tête blanche a été désigné espèce vulnérable en raison du faible effectif de sa population nicheuse. De plus, on ne possède que très peu de données sur le taux de productivité et de recrutement de cette espèce. Encore aujourd’hui, elle est menacée par les proies contaminées par les épandages de pesticides organochlorés, les dérangements causés par les activités humaines dans ses habitats de reproduction, la perte d’habitats ainsi que la mortalité engendrée par le piégeage accidentel et l’abattage au fusil. Il semble que l’espèce était relativement plus abondante au début du siècle. Toutefois, au cours des dernières décennies, on note un léger accroissement de ses effectifs.

Description

Oiseau de proie de grande taille, le pygargue à tête blanche a une longueur totale qui varie entre 71 et 96 cm. Il possède une envergure d’ailes de 170 à 245 cm et son poids moyen est de 4,3 kg, les femelles étant un peu plus grandes que les mâles. Le plumage des mâles et des femelles adultes est identique. Les individus ont la tête et la queue d'un blanc éclatant qui contraste avec le reste du corps, qui est brun foncé. Les yeux, le bec et la partie non emplumée des pattes sont jaunes.

La coloration toute brune des jeunes permet de les distinguer des adultes. En effet, les jeunes peuvent mettre de trois à six ans pour afficher le plumage blanc de la tête et de la queue. Ces parties, essentiellement brunes la première année, deviendront graduellement blanches à la suite des différentes mues. Les juvéniles peuvent parfois être confondus avec l’aigle royal (Aquila chrysaetos); on distingue les jeunes pygargues par leurs pattes, qui ne sont pas emplumées jusqu’aux doigts.

Répartition

Le pygargue à tête blanche habite presque exclusivement en Amérique du Nord; ses aires de reproduction et d'hivernage sont complètement confinées à ce continent, à l'exception de l'île de Béring, située en Russie. Aux États-Unis, l’espèce niche dans plusieurs États bordant la côte est, la région des Grands Lacs, les montagnes de l'ouest de la Californie et la région côtière du Pacifique, de la Californie à l'Alaska. Au Canada, de fortes concentrations de pygargues nichent en Colombie-Britannique, au centre-nord de la Saskatchewan et du Manitoba, à Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse. L’oiseau niche également, en plus petit nombre, dans le sud et le nord-ouest de l’Ontario, dans le sud du Québec, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick et à l’Île-du-Prince-Édouard. La Colombie-Britannique abrite le plus grand effectif de pygargues à tête blanche reproducteurs au Canada.

Au Québec, l'aire de répartition du pygargue semble s'étendre de la frontière américaine, au sud, jusqu'aux environs de la baie d'Ungava, au nord. L’espèce fréquente régulièrement le Québec méridional; elle niche dans presque toutes les régions au sud du 55e parallèle, à l'exception des zones densément peuplées. Près de 40% des nids actifs connus sont localisés sur l’île d'Anticosti. Une autre concentration de pygargues nicheurs se trouve au nord de l’Outaouais, près des réservoirs hydroélectriques (Péribonka, Cabonga, Baskatong, Dozois, Gouin, Mitchinamecus). On note également la présence de pygargues dans le Nord-du-Québec, notamment dans les régions de la baie James et de la baie d’Ungava (Kuujjuaq), bien qu’aucune confirmation récente de nidification n’ait été rapportée pour cette dernière région.

En automne, la majorité des individus migrent, et hivernent principalement sur les côtes des océans Atlantique et Pacifique. En hiver, on note des concentrations importantes de pygargues le long du Mississippi et du Missouri et de leurs affluents ainsi que dans les États de la Californie, d’Oregon et de Washington. Plusieurs individus peuvent également demeurer à l’intérieur du continent, près des lacs, des rivières et des réservoirs libres de glace où la nourriture est disponible.

Habitat

Le pygargue à tête blanche préfère nicher dans les grands arbres des forêts matures situés à proximité de grandes étendues d’eau. Il semble que cet oiseau soit plus influencé par la taille des arbres et le peuplement forestier que par l’essence même de l’arbre choisi. La présence des grands arbres est nécessaire, car ces derniers servent de supports de nids, de dortoirs ou encore de perchoirs lors de la chasse à l'affût. Les grands lacs et les rivières à fort débit ainsi que les vastes réservoirs construits par les humains constituent également des habitats que fréquente le pygargue à tête blanche.

Plusieurs études révèlent que les plus fortes concentrations de pygargues sont associées à une bonne productivité piscicole des cours d'eau ainsi qu'à un littoral étendu. Les zones côtières de l'Atlantique et du Pacifique sont donc des endroits de prédilection pour cet oiseau. Le pygargue à tête blanche fréquente également les îles. Ces habitats, en plus de lui procurer une exposition au milieu aquatique dans toutes les directions, lui offrent une facilité d'envol peu importe la direction du vent. De plus, les îles sont généralement à l'abri des prédateurs et des dérangements humains.

Biologie

Le pygargue à tête blanche est monogame et le couple est généralement formé pour la vie. La maturité sexuelle est atteinte à l'âge de quatre à six ans. Lorsqu’ils ne sont pas perturbés, les adultes retournent au même site de nidification année après année. Les pygargues ont de grands domaines vitaux, mais seule la partie située au voisinage du nid est défendue par le couple.

Les conifères aussi bien que les feuillus peuvent être utilisés comme support du nid dans la mesure où ils sont hauts et bien fournis en grosses branches. En absence de strate arborescente, il lui arrive de nicher sur une falaise ou, plus rarement, au sol. Le nid du pygargue à tête blanche peut être très volumineux, soit de 0,7 à 1,2 m d’épaisseur par 1,5 à 1,8 m de diamètre. Sa construction est principalement assurée par la femelle, bien que le mâle transporte également des matériaux.

Au Québec, le début de la ponte a lieu en avril ou en mai, et chaque couvée comporte en moyenne deux œufs. L’incubation, effectuée par les deux parents, commence dès la ponte du premier œuf (incubation asynchrone) et dure de 34 à 46 jours. Ainsi, le premier oisillon à naître est avantagé par rapport au deuxième, car il aura une taille supérieure à celle de son cadet. Les deux parents apportent de la nourriture aux jeunes, mais c'est habituellement la femelle qui les nourrit. Les jeunes demeurent au nid jusqu'à l’âge de 10 ou 11 semaines et sont dépendants de leurs parents durant les deux mois qui suivent leur premier envol. Ils reviennent alors au nid pour se nourrir et pour dormir.

Le pygargue à tête blanche est beaucoup plus un nécrophage qu’un prédateur, se nourrissant principalement de poissons morts. L'espèce manifeste une grande facilité à modifier son régime alimentaire selon l’offre du milieu et la disponibilité des proies. Lorsque le poisson se fait plus rare, elle se rabattra sur la sauvagine (canards, oies, etc.) et les oiseaux marins (goélands, cormorans, macareux, etc.). Les mammifères semblent être la source de nourriture la moins prisée par les pygargues. Bien que de jeunes phoques morts sur les plages attirent les pygargues, c’est surtout en hiver qu'ils se nourriront de mammifères, notamment des carcasses de cervidés.

Les déplacements saisonniers des pygargues varient selon les individus et les années. Il semble que la décision de migrer soit directement reliée à la quantité de nourriture disponible. Lorsque celle-ci diminue ou devient inaccessible, les pygargues se déplacent là où la nourriture est plus abondante. Si, par contre, la nourriture reste abondante toute l'année, les oiseaux peuvent demeurer au même endroit. Outre l'importance d'arbres adéquats et de nourriture dans leurs quartiers d'hiver, la présence d'eau libre de glace est le facteur le plus important.

Les déplacements du pygargue restent des plus complexes et des plus méconnus chez les oiseaux de proie d'Amérique du Nord. Généralement, les oiseaux qui nichent dans les zones septentrionales vont plus loin que ceux qui nichent plus au sud. De plus, les individus immatures migrent plus tôt et se déplacent plus loin que les adultes.

Dynamique des populations

Il existe peu de données se rapportant à la dynamique des populations du pygargue à tête blanche. Des chercheurs aux États-Unis ont évalué qu’une population se maintient lorsque 50 % des nids sont productifs et qu’en moyenne 0,7 jeune à l’envol est produit par nid actif. En 1997, il a été déterminé lors de l’inventaire de pygargues au Québec que 34 nids contenaient des jeunes, avec en moyenne 1,3 jeune par nid. Ceci peut paraître peu, mais les données historiques semblent indiquer que l’abondance de pygargue n’a jamais été importante au Québec.

Il est à noter que les couples de pygargues à tête blanche ne se reproduisent pas chaque année et que certains individus occupent des nids sans y pondre, et ce, parfois pendant de longues périodes (près de 10 ans). De plus, certains biologistes ont noté l'absence de comportements reproducteurs chez plusieurs couples à la suite de la perte de sites de nidification.

Facteurs limitatifs

La contamination des proies par les épandages de pesticides organochlorés ou par les métaux lourds, les dérangements causés par les activités humaines dans ses habitats de reproduction, la perte d'habitats et la mortalité engendrée par le piégeage accidentel et l’abattage au fusil sont les principales menaces pour le pygargue à tête blanche. Les collisions avec différentes structures (avions, édifices, tours, lignes de transport d'énergie) sont également responsables de plusieurs cas de mortalité, surtout lors des migrations.

L'envahissement des habitats de reproduction et d'alimentation par l'exploitation forestière, l’exploitation minière et le développement urbain a pour effet de réduire la disponibilité des habitats de qualité pour la nidification et l’alimentation du pygargue à tête blanche. L'altération des habitats peut également entraîner une réduction de la quantité et de la qualité des proies accessibles.

La contamination des pygargues de façon indirecte (ingestion de proies contaminées) par différents produits chimiques tels les organochlorés a été la cause principale de la baisse dramatique des taux de reproduction du pygargue à tête blanche en Amérique du Nord. D’ailleurs, l'accumulation de ces produits chimiques dans la chaîne alimentaire via les poissons ou autres proies constitue encore une menace importante pour le pygargue à tête blanche. Ces contaminants affectent le métabolisme du calcium, nécessaire à la formation de la coquille des œufs chez les femelles. Il en résulte un amincissement ou même, dans certains cas, une absence de la coquille, ce qui augmente le taux de mortalité des œufs.

Les tempêtes accompagnées de vent violent peuvent détruire de nombreux nids et compromettre sévèrement la production de jeunes en période de reproduction. De plus, certaines infections bactériennes (par exemple la pneumonie et l’aspergillose) et le choléra avien sont responsables d’un certain nombre de mortalités chez le pygargue à tête blanche.

Importance particulière

À l’instar des autres oiseaux de proie, le pygargue à tête blanche ne laisse pas les gens indifférents. Son statut de prédateur évoque, pour plusieurs, pouvoir, dominance et force, alors que pour d’autres, il symbolise une nuisance à éliminer. Certaines communautés autochtones perçoivent le pygargue comme un symbole spirituel à respecter, représentant un maillon important entre la terre et le ciel.

Emblème des États-Unis d'Amérique, le pygargue à tête blanche est, dans plusieurs États et dans les provinces canadiennes limitrophes au Québec, classé parmi les espèces en danger de disparition. Ce statut a suscité un intérêt important et plusieurs investissements pour l’étude de l’espèce.

D’un point de vue biologique, le pygargue, tout comme le balbuzard pêcheur, est considéré comme un bon indicateur de la santé de l'environnement. Sa présence au sommet de la chaîne alimentaire a permis de mettre en évidence certains problèmes liés à la pollution industrielle en milieu aquatique.

Mesures de protection du pygargue à tête blanche

Puisque le pygargue à tête blanche est désigné espèce vulnérable, il ne peut pas être chassé ou piégé en vertu de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune du Québec. De plus, cette loi protège le nid et les œufs de l’espèce. Au niveau international, l’espèce est protégée par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Cette convention réglemente et régit le commerce entre les pays des spécimens vivants ou morts, des parties, des produits qui en sont tirés ou des dérivés.

En 2001, une entente administrative sur la protection des espèces du milieu forestier en situation précaire a été renouvelée entre le ministère des Ressources naturelles, le ministère de l'Environnement et la Société de la faune et des parcs. En vertu de cette entente, la localisation des nids occupés, situés sur les terres publiques, est considérée dans les plans d'aménagement forestier. Ceci veut dire que le nid est protégé par deux zones : une zone de protection intensive et une zone tampon. La zone de protection intensive comprend un rayon de 300 m autour du nid. Toute activité est défendue dans cette zone en tout temps. La zone tampon comprend, quant à elle, une bande additionnelle de 400 m autour de la zone de protection intensive. Toutes les activités y sont permises du 1er septembre au 15 mars. La création d’installations permanentes n’est cependant pas permise (routes, bâtiments, etc.).

Plan de rétablissement du pygargue à tête blanche au Québec

Puisque les effectifs de pygargues à tête blanche ne sont pas très importants sur le territoire québécois et qu’une baisse est toujours à craindre, une équipe a été mise sur pied à l’automne 2000 pour rédiger un plan de rétablissement. Ce dernier a pour but de maintenir une population viable et largement répandue de pygargues à tête blanche partout au Québec. Plus spécifiquement, les mesures du plan ont pour objectif de :

  • maintenir ou dépasser, d’ici 2006, un nombre de nids actifs de 50;
  • maintenir un taux de productivité annuel supérieur à 0,7 jeune à l’envol par nid actif et un nombre de nids productifs supérieur à 50 % ou plus du nombre de nids actifs, sur un ensemble de sites témoins inventoriés deux fois d’ici 2006;
  • établir, d’ici 2006, une stratégie de conservation pour 90 % des nids connus.

Le plan sera mis en œuvre entre 2001 et 2006. On y prévoit des activités de communication, d’éducation, de protection des nids et de mise en valeur de l’espèce ainsi que de suivi des populations et des contaminants.

Rangs et statuts

Quelques organismes publient une liste d’espèces pour lesquelles un statut ou un rang de précarité a été établi selon certains critères. Ces résultats sont regroupés ci-dessous selon l’échelle considérée.

Échelle

Rang ou statut

Définition

Organisme

Mondiale

G4

Largement réparti, abondant et apparemment hors de danger mondialement, mais il subsiste des causes d’inquiétude pour le long terme.

Nature Serve

Canadienne

Non en péril

 

Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC)

Québécoise

Vulnérable*

Espèce dont la survie est précaire au Québec, même si la disparition n’est pas appréhendée.

Ministère des Ressources naturelles et de la Faune

S3

Espèce rare ou peu commune.

Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ)

* Statut légal au Québec.

Sources d’information

Comité de rétablissement du pygargue à tête blanche au Québec. 2001. Plan de rétablissement du pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) au Québec. Société de la faune et des parcs du Québec, Québec. 43 p.

Lessard, S. 1996. Rapport sur la situation du pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus) au Québec. Ministère de l’Environnement et de la Faune, Direction de la faune et des habitats. 73 p.

Tardif, J. et M. Huot. 2001. Le pygargue à tête blanche, espèce vulnérable au Québec. Gouvernement du Québec, Société de la faune et des parcs du Québec, Direction du développement de la faune, Québec.

 

Dernière modification : 2006-12-04

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